| 01/10/2007 |
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| Mimi Ben Teysseroon |
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Le Galot des Vendanges
Pendant les vendanges mon père et moi montons toujours la garde la nuit au sommet de la tour qui surplombe la chapelle au fond du parc. Non que l'on craigne un larcin, mais je ne sais pas, on préfère veiller sur nos vignes, cela nous rassure. Il me semble qu'elles se sentent plus en sécurité, brebis que le fifre d'un berger même éloigné suffit à calmer et puissent mieux sommeiller, donc mieux faire mûrir leurs raisins dont nous sommes si friands.
Assis sur mes jambes croisées, ma Winchester en travers, un gros pétard aux lèvres une bouteille de Markers Mark cachée dans la cache de la cloche de la chapelle, juste à coté du gong. Dès que je voulais me téléphoner un petit coup léger de cet élixir Bourbon Parme à tous les coups le gong sonnait, insolite façon de marquer le temps. Le coucou, docile, répond toujours au gong, ricochet écolo, rigolo qui prouve bien qu'il n'est pas si gong que ça. On s'enveloppait dans une vieille peau de loup, souvenir d'Alaska le chef coiffé d'un vieux bonnet inca, dernier cadeau de notre vieille bonne Péruvienne qui avait appris l'espagnol à mon père et pas que l'espagnol m'a-t-on dit.
La lune se couchait, moi aussi, le Markers Mark m'ayant marqué plus que je ne le pensais. La winchester me servant de canne, m'empêchait de m'affaler totalement sur le sol, je lutais contre un sommeil qui m'attirait inexorablement. Malgré moi ma tête alla heurter violement le sol, raisonnant comme un gong qui déclencha bien sûr le cri du coucou auquel répondit le gong de la cloche jaloux du coucou.
Que c'était-il passé ? La chapelle avait tremblé, j'en étais sûr, Un coup sourd de butor comme une vague énorme brisée Hagard, d'un geste machinal je me redresse en saisissant de la main droite mon fusil que j'armais énervé d' un clic-clac professionnel et impressionnant. Je me penchais au dessus de la rambarde et que vis-je ? Des merlots rouges comme des CGTistes m'entouraient comme une marée dangereusement montée et me retenaient en otage, moi ? moi qui ai chassé le bison tant qu'il y en avait, moi qui, seul, avait réussi à pactiser avec les Cheyennes dont je ne me dépare du calumet offert par Oil de Lynks qui le tenait de son grand père N'a qu'un Oil, moi qui l'ai eu, disais-je, à l'oil. Ce trophée, comme chacun peut le voir ne quitte jamais, comme ma winchester, le coffre de ma monture actuelle, une Fiat 500 boostée par Alpina.
J'appelais mon père : « Roger, Roger, à vous » Tiens bon dit-il et remonte l'échelle en attendant. À l’approche des vendanges mon père fait venir, comme à l'accoutumée, une soixantaine de portugais, et cela depuis 20 ans. Nous n' arrivons toujours pas à nous comprendre sauf en utilisant le langage sémaphore, qu'eux et nous, gens de mer pratiquons dès le plus jeune âge. Une trentaine de marocains au teint mate et au regard plus que sombre, plus quelques français qui ont envie de travailler, espèce en voie de disparition pourtant viennent faire l'appoint. Tout ce monde fait un grand campement autour de chez nous. Aussi dès le lendemain mon père, revêtu de sa côte de maille, enfourche Ransinante sa jument favorite. Le home au nez droit, son épée Durandale au côté, abrité derrière son bouclier géant marqué de la croix des Templiers. Derrières les dernières volutes de brume je vis le 24 septembre s'avancer, royal, mon père ce géant au sourire si doux et derrière son armée. Une dernière petite visite à Markers Mark et nous étions prêts, mon père et moi, à prendre ces maudits rouges en sandwich.
Au cri de mon père : « enfoirés » ma grand-mère me dit que feu son père le terme qu'il employait était un peu plus vif. S'il l'employait ma mère menaçait de le faire excommunier
Une trompette d'airain au son un peu fêlé libéra les armées : Quel carnage en moins de 4 jours tous les merlots furent défaits.
Comme derrière ça semblait s'énerver, ces branleurs de Petits Verdots houspillant les Cabernets, les francs d'abord puis les sauvignons toujours plus lents comme d'habitude mon père, ce géant au sourire si doux, saisit, sur un coup de sang son épervier qui ne le quitte jamais de même que son couteau Laguiole 2 lames et d'un geste aussi furieux que précis le lança sur ces troubles fête. Pas uns n'en réchappa, on retrouva même hagard une grappe de muscat. D'un seul tour de main me père chargea sa prise sur l' épaule puis la jeta dans la glacière sur un paquet d'anguilles prises la veille, le tout au froid pour au moins deux grands jours
Allez dès ce lundi 1er octobre on va trier les cabernets
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| 04/01/2007 |
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Basile
Demain mon fils vient me rejoindre et j’en suis très heureux.
Depuis des années je lui avais parlé de mon intention de peu à peu lui transmettre la direction de Lafon Rochet, ma fierté étant de pouvoir commencer à le faire avant qu’il ait trente ans. Certes on mènera pour un temps l'attelage à quatre mains, mais je suis sûr que bientôt les deux miennes lâcheront les rênes. Les chevaux se mettront alors à son allure, tandis que je me roulerai une cigarette sur le banc du cocher, en regardant de plus en plus le paysage et de moins en moins la route.
Au moment des primeurs, quel bonheur de feuilleter tranquillement un catalogue de pêche, qui me rappellera les truites apercues depuis le pont de Chateauneuf sur Charente quand j’avais une dixaine d’années, il y a plus de cinquante ans maintenant.
On va faire, bien sûr, un bout de chemin ensemble, mais je lui souhaite de pouvoir rapidement continuer seul. Je serai le passager d'un de ces side cars de course que le pilote fait se pencher jusqu’à frôler le sol et qui fait contre-poids pour assurer l’équilibre.
Je sens qu’au fond de moi, je suis prêt à relever l’aiguille du disque dont désormais mon fils connaît par cœur la chanson.
Ainsi la famille s'attache à poursuivre son grand œuvre: mon père a su créer, je m'efforcerai de transmettre, à Basile de rénover.
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